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A l’assaut de Berlin-Ouest !

 

 

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Les chars de la septième compagnie, III bataillon, 68e régiment des chars de la Garde de la 6e brigade indépendante de la Garde déployée devant la Checkpoint Charlie à Berlin les 27-28 Octobre de 1961 et insigne de la brigade..

 

 

Les lecteurs de notre blog ont encore en mémoire l’article intitulé « Le Local, une mission de haute protection » (2) qui décrivait l’une des activités particulières les plus sensibles des Missions de Potsdam. Il s’agissait d’une veille stratégique autour de Berlin menée à la fois sur terre et dans les airs par les équipages des missions militaires alliées afin de détecter à temps les indices d’une attaque de Berlin-Ouest par les forces soviétiques et est-allemandes.

 

C’est ainsi que la zone du « Local » centrée sur Potsdam et couvrant les abords de Berlin-Ouest était surveillée en permanence, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, à tour de rôle par un équipage de l’une des trois Missions et que la BCZ ou « Berlin Control Zone », un espace aérien de 64 km de diamètre et de 3 000 m de hauteur centré sur Berlin, était survolée quotidiennement par un avion allié avec à son bord des observateurs des Missions et des membres des 2èmes Bureaux.

 

La menace d’une invasion était donc prise très au sérieux par les alliés qui tenaient avant tout à déceler tout préparatif d’action hostile sur Berlin. En effet, si par malheur la surprise jouait en l’absence de tout renforcement, la cause était entendue car les alliés n’avaient que 12.500 soldats intra muros - c’est le cas de le dire - à opposer aux 135.000 hommes qui les encerclaient avec 4 Divisions (trois soviétiques et une est-allemande), 4000 blindés, plus de 1000 pièces d’artillerie et plus de 400 avions et hélicoptères…

 

De plus, alors que Berlin-Ouest était enclavé, entouré d’un mur et restait soumis à l’accord quadripartite, que ses habitants n’étaient pas assujettis au service militaire et que la Bundeswehr en était absente, Berlin-Est en revanche était incluse dans la RDA et n’était pas du tout démilitarisée : s’y trouvaient rassemblés les 5.000 hommes et les 200 chars de la 6ème Brigade indépendante de fusiliers motorisés soviétiques, (3) 7.000 soldats de la NVA et des Grenztruppen, 7.000 soldats de la Stasi, 6.500 Vopos et Bepo, 10.000 miliciens des Kampfgruppen.

 

 

L’assaut sur Berlin-Ouest donnait lieu à des répétitions sous la forme de fréquents entraînements au combat dans les localités. Le premier exercice connu dans cette spécialité a eu lieu dans les rues de Berlin-Est en 1967 et il a mis en œuvre la 1ère DFM de Potsdam et le GKM (Grenz Kommando Mitte) des troupes de gardes-frontière. Par la suite, l’exercice « WAFFENBRUDERSCHAFT 1970 » a impliqué à nouveau ces deux unités à Stregaz au sud-est de Berlin. En 1973, l’exercice de cadres « TURNIER 73 » s’est déroulé à Magdeburg et a mis en œuvre les mêmes unités avec le renfort des Grenztruppen entourant Berlin-Ouest ainsi qu’un Régiment d’artillerie et un autre du génie. Cet exercice s’est renouvelé en 1974.

 

Ce sont les archives de ces exercices ainsi que l’interview d’anciens hauts responsables de la NVA (4) qui ont permis de reconstituer les plans de l’attaque de Berlin-Ouest car la plupart des plans du Pacte de Varsovie ont été détruits ou n’ont pas été dévoilés. 

 

Conçue dans les années 80, la planification opérationnelle visant à s’emparer de Berlin-Ouest portait le nom de code de « BORDKANTE » (5). D’une façon générale, les Plans d’engagement des forces du Pacte de Varsovie étaient soviétiques et connus seulement de trois autorités est-allemandes : le ministre de la Défense, le chef d’état-major des forces armées et le commandant opérationnel des forces. Il semble que l’assaut sur Berlin ait fait l’objet d’une planification spécifique est-allemande. En 1985, on trouve dans l’ordre d’engagement des forces de la NVA, une directive appelée « Besondere Gruppierung » qui concerne spécifiquement la prise de Berlin-Ouest. L’exercice « BORDKANTE 85 » qui a eu lieu à Magdeburg en constitue le test. Un exercice de cadres a été organisé la même année à Dresde, sous la direction du général major Petroschka. L’exercice « BORDKANTE 86 » s’est joué à Magdeburg dans le plus grand secret tandis que le dernier en date, « BORDKANTE 89 », s’est joué à Leipzig. En plus de la 1ère DFM et du GKM, on voit apparaître dans la planification le 40ème Bataillon d’assaut par air de la NVA et la 6ème Brigade de fusiliers motorisés soviétique. Pour renforcer encore le secret des plans, l’état-major de planification rajoutait  20 à chaque numéro d’unité ! La 1ère DFM de la NVA était devenue la 21ème tandis que le 40ème bataillon d’assaut par air s’appelait maintenant le 60ème.

 

 

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En octobre 1990, lorsque les premiers officiers de la Bundeswehr pénétrèrent au PC de la NVA de Straussberg, ils trouvèrent une masse de documents concernant un engagement opérationnel sur Berlin-Ouest. Leur nom de code était « Opération STOSS », changé en « Opération ZENTRUM » en 1989. Seuls un certain nombre d’officiers titulaires d’une habilitation spéciale avaient accès à ces dossiers. En plus des unités déjà citées, apparaissaient dans « ZENTRUM » un bataillon de transmissions, un bataillon d’artillerie et un bataillon d’état-major. La NVA seule alignait alors en tout autour de Berlin-Ouest : 35.000 soldats, 400 chars, 450 canons et 40 hélicoptères.

 



 

Le plan de l’offensive était simple : une attaque simultanée de toutes les directions sur Berlin-Ouest. Des brèches étaient réalisées dans le mur à des emplacements prévus dans chacun des secteurs. Le point de convergence des axes d’attaque était le carrefour du Kaiserdammbrücke. Le BTAP 40 et les forces spéciales s’emparaient simultanément des aéroports de Gatow, de Tegel et de Tempelhof, ainsi que du Teufelsberg et de Zehlendorf où se trouvait un réacteur nucléaire expérimental. Simultanément, des sabotages étaient effectués en ville par les Inoffizielle Mitarbeiter (IM) de la Stasi et les « activistes » du PC. Un certain nombre de citoyens ouest-allemands dont la liste était dressée, étaient arrêtés. Après la prise de la ville, une administration de 600 personnes était mise en place sous la responsabilité de la Stasi.

 

La prise de Berlin-Ouest était envisagée à l’issue d’une escalade militaire survenant après une intervention de l’OTAN dans un pays tel que la Turquie ou la Bulgarie. L’utilisation d’arme nucléaire n’était pas envisagée.  La réaction soviétique n’est pas connue, mais la participation confirmée d’une brigade soviétique à l’opération laisse supposer que les Soviétiques avaient l’intention d’entériner de cette façon la souveraineté retrouvée de la RDA par la conquête de Berlin-Ouest et son intégration à l’Allemagne de l’Est.

 

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planification 

 

Aujourd’hui encore, il est difficile de connaître la vérité car le général commandant la 1ère DFM/NVA, le général major H.G. Höffler (6) a déclaré par ailleurs que les Soviétiques auraient planifié une opération différente où la NVA assurait simplement l’encerclement de Berlin-Ouest pendant que les forces soviétiques, seules, pénétraient dans la ville et s’emparaient des trois secteurs occidentaux. Tant que ce plan n’aura pas été dévoilé, on ne saura jamais la vérité.

 

 P.M

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(1) D’après l’article du Dr Wenzel paru dans la revue américaine « Armor » et d’après un document allemand « Les forces armées de la RDA dans les plans d’opérations du PAVA » communiqué à l’auteur par le LCL Lenoir qui était alors officier de liaison français auprès de la Bundeswehr.

 

 

(2)           https://www.secrets-de-la-guerre-froide.com/le-local-une-mission-de-haute-protection - Roland Pietrini

 

(3)           6th independent Guards Berlinskaya order of Bogdan Khmelnitskiy Motorised Rifle Brigade - 6-я отдельная гвардейская мотострелковая Берлинская ордена Богдана Хмельницкого бригада

http://www.ww2.dk/new/army/other/6ogmsbr.htm

 

(4)             En particulier un article du Dr Otto Wenzel paru dans le n° de décembre du magazine « Armor » de l’armée de terre US.      

 

(5)         L’opération Bordkante (frontière) consistait en une série d’exercices militaires conjoints de soldats soviétiques du Groupe des forces soviétiques en Allemagne et de soldats de la NVA pour élaborer un scénario d’invasion rapide de Berlin-Ouest  occupées par les trois alliés Américains- Britanniques et Français . Tenue dans les années 1985-1988 dans le plus grand secret

 

              Операция «Bordkante» («Бордюр») — серия совместных войсковых учений советских военнослужащих из Группы советских войск в Германии и военнослужащих Национальной народной армии Германии по отработке сценария быстрого овладения Западным Берлином и другими крупными немецкими городами, контролируемыми американскими, британскими и французскими войсками. Проводились в 1985—1988 годы в обстановке строжайшей секретности   

 

https://ru.wikipedia.org/wiki/Bordkante

 

(6) Pour ceux qui souhaiteraient en savoir un peu plus sur : http://www.nva-struktur.de/

 

 

 


 

 



09/03/2019
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