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Le « Local », une mission de haute protection.

 

Le « Local », une mission de haute protection.

 

 

 

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Poste soviétique du pont de Glienicke (des espions)

 

 

 

Le « Local » était une des activités sensibles et particulières des Missions de Potsdam.

 

Les 3 missions alliées assuraient 24 heures sur 24 et 365 jours par an une surveillance permanente des objectifs soviétiques et est-allemands dans une vaste zone autour de Berlin. Cette zone concentrait dans un espace relativement réduit des forces considérables.

 

Deux divisions soviétiques à effectifs complets y étaient stationnées avec l’ensemble de leurs appuis et de leur environnement logistique. Dans les années 1980,  Une DFM,   la 35°DFMG (division de fusiliers motorisés de la garde) et une DB, la 90 °DBG (division blindée de la garde),  une demi-brigade d’artillerie de la 34° DA (Division d’artillerie), deux bases aériennes dont une d’avions de combat (Mig 25 de Reconnaissance) et d’hélicoptères, des éléments d’une division de fusiliers motorisés de la NVA, sans compter les Grenztruppen et les milices ouvrières. La brigade blindée soviétique de Berlin Karlshorst ne faisait pas partie de cette surveillance, le B2 de Berlin en assurait le suivi.

 

Depuis les casernes de Potsdam de Bernau, de Krampnitz ou de Dalgow,  l’artillerie soviétique, avec ses canons automoteurs 2S1, 2S3 ou 2S5 aurait pu frapper n’importe quels points sensibles de Berlin-Ouest, carrefours,  ponts, infrastructures et casernes. Les distances entre les premières casernes soviétiques et Berlin-Ouest étaient extrêmement réduites, 10 km à peine à vol d’oiseau pour les premières.  Berlin-Ouest   était un îlot  totalement cerné par une force blindée écrasante.

 

 

 

 

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Les 4 zones d’occupation de Berlin

 

 

C’est pourquoi, les forces alliées de Berlin-Ouest limitées à 12 500 hommes dont 5 900 Américains, 3 700 Britanniques et 2 900 Français, ne pouvaient pas militairement représenter une force d’opposition réelle à une tentative de main basse sur Berlin, ce n’était pas leur vocation, mais leur présence démontrait la volonté des trois alliés historiques (Américains-Britanniques et Français) de faire respecter le statut particulier de Berlin-Ouest qui restait une zone de liberté au cœur du monde communiste, dominé et soumis par le vainqueur continental incontesté de la seconde guerre mondiale, l’URSS.

 

Seules la connaissance exceptionnelle du terrain et l’expérience considérable des équipages de la MMFL et des autres Missions alliées permettaient de « survivre » dans cet environnement d’unités soviétiques et est-allemandes d’une densité extraordinaire afin de remplir leurs missions de présence et de renseignement.

 

La MMFL prenait dans ce combat toute sa part avec cependant pour le « Local » une particularité. Contrairement aux alliés britanniques et américains qui effectuaient des patrouilles commandées par un officier,  les équipages français étaient exclusivement composés de sous-officiers appartenant à la section terre.  Un adjudant, adjudant-chef ou major,  tous observateurs confirmés, (affectés à la MMFL pour une durée de 3 ou 4 ans)  en qualité de chef d’équipage, avec un conducteur du grade de sergent, brigadier-chef ou caporal-chef (détachés soit du 13°RDP ou du 1°RPIMa pour une période de 3 mois),  assuraient cette mission particulière.  

 

Cette  charge, hautement valorisante et passionnante, offerte aux sous-officiers, était aussi  la  conséquence de la faiblesse en effectif des officiers, tous chefs d’équipage (2-3),  et  donnait aux sous-officiers observateurs de la MMFL un état d’esprit particulier, fait d’engagement et de compétence qui aujourd’hui encore n’a pas beaucoup d’équivalent,  sauf peut-être,  dans les forces spéciales eu égard au niveau de responsabilité et d’engagement qui était le leur.  

 

Cette présence constante sur le terrain était destinée à assurer la veille « stratégique » autour de Berlin pour rechercher les indices d’alerte afin de déceler des menaces graves et directes sur Berlin-Ouest, dans le but de donner des délais aux autorités alliées de Berlin et au pouvoir politique du plus haut niveau.  Berlin-ouest fut jusqu’à la chute du mur un symbole, celui de la résistance des Berlinois au monde de l’Est sous la protection des trois puissances.  Le blocus de 1948 ayant soudé la population des Berlinois de l’Ouest autour de ceux qui d’occupants étaient devenus tout à coup les défenseurs de leur liberté. 

 

Ces recherches de signaux d’alerte étaient prioritaires, cela demandait de la part des équipages des connaissances extrêmement précises des structures et des moyens du GFSA - GSSD (Группа советских войск в Германии, Grouppa sovietskikh voïsk v Germani)   et de la NVA et une appréhension précise et de détail du terrain.  Même s’il est fort probable que le signe le plus flagrant d’alerte aurait été la détention ou la disparition des équipages alliés dans la zone Est, les reconnaissances dans le « Local » permettaient de noter toute modification ou renforcement des forces, tout mouvement ou tout déploiement inhabituel. L’alerte pouvait ainsi être donnée par moyen radio à partir de la villa de Potsdam,  au cas où le retour sur Berlin-ouest aurait été impossible.

 

 

 

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Limites du Local,  Berlin Ouest et Est exclus  (1980): échelle 1/500000

 

Mais ce n’était pas la seule mission dans cette zone de responsabilité. Les équipages du Local surveillaient un nombre considérable d’objectifs militaires, casernes et terrains d’entrainement, les  pistes tactiques reliant les garnisons aux sites de déploiement,  ainsi que les routes tactiques entre les différentes ZIP. (Zones d’Interdiction Permanente en jaune sur la carte).

 

La connaissance du terrain de jour comme de nuit (itinéraires, P.O de jour et de nuit) était essentielle, pour observer ou remonter les convois, la mise en place des jalonneurs sur  les  carrefours importants permettaient de déterminer les axes probables de progression des unités, les signes d’activation des gares d’embarquement,  notamment celles de Potsdam, de Dalgow, de Priort, de Satzkorn pour n’en citer que quelques-unes,  offraient l’opportunité d’observer les embarquements des unités blindées.   Les voies ferrées et les nœuds ferroviaires étaient particulièrement surveillés de jour comme de nuit (Elstal Farhland...),  les gares de triage  et  de régulations importantes,  comme celles de Wustermark ou de Michendorf, systématiquement inspectées.

 

Chaque Local était différent mais  pouvait se dérouler de la manière suivante.

 

Matinée du jour 1 : préparation du matériel, briefing auprès du chef opération terre. Vol de reconnaissance reco-air (fait l’objet d’un autre article : https://www.secrets-de-la-guerre-froide.com/de-limportance-des-missions-de-reconnaissances-aeriennes) éventuel,  selon les disponibilités du Broussard ou du L19 et les conditions météo dans la BCZ afin de recueillir tout indice de préparation au mouvement des unités ;  mise en place de plateaux ou de wagons M dans les gares ou l’activation de moyens de transmission et des dépôts logistiques et le pré-déploiement ou le concentration de blindés sur les terrains ou les parkings, donnaient à l’observateur les éléments déterminants pour sa future mission. 

 

 

 

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 L19 et BCZ

 

Préparation aussi du matériel : appareils photos avec objectifs du 55 mm au 400mm  et films hautement sensibles, lunettes et jumelles de nuit (OB41 et 42 dans les années 80), magnétophone et bandes de rechange, cartes au 1/25000, jumelles, bon d’essence et cagnotte en Ost-mark, numéro de téléphone de la villa de Potsdam, nourriture et boisson pour au minimum 3 repas, affaires de toilettes, vêtements de rechange selon la saison.  Les équipages partaient en totale autonomie, sans aucun moyen de liaison avec la base arrière de Berlin, si ce n’est par l’intermédiaire du téléphone de la villa de Potsdam qu’il fallait éventuellement appeler d’une cabine publique. 

 

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Contenu d’une « gamelle » type section air plus « lourde » que celle du Local

 

L’observateur prenait en compte son véhicule à 14 h quartier Napoléon devant le bâtiment de la Mission et se dirigeait seul par l’Avus, vers Potsdam, en franchissant le contrôle soviétique au pont de Glienicke (le pont des  espions), selon une procédure immuable.

 

Il arrivait parfois qu’un véhicule allié, Américain ou Britannique,  stationne côté ouest du pont, afin de donner à l’équipage de relève des informations importantes, mouvement en cours de telle unité ou jalonnage important mis en place. La règle était que dans la zone du Local ne soit présent qu’un seul équipage à la fois afin de ne pas trop « chauffer » la zone. Les équipages de retour de mission plus profonde en RDA, avaient pour consigne de laisser la priorité de l’observation au Local

 

 

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En Local sur la piste tactique de Niemeck

 

Vers 14h30,  arrivée de l’observateur à la villa MMFL de Potsdam afin de récupérer le conducteur, (voir plus haut) puis  départ vers la zone de travail, jusqu’au lendemain 14h. 

 

Le milicien en surveillance dans sa guérite, informait la MfS de la sortie de l’équipage et indiquait le nombre de personnes quittant la villa.  Dès ce moment l’équipage était susceptible d’être pris en charge par des suiveurs de la MfS.

 

Au sein de l’équipage à deux, les rôles étaient parfaitement répartis. Le chauffeur se concentrait sur sa conduite, prêt à réagir à toute sollicitation et ordres donnés par le chef d’équipage. Le conducteur en local comme en zone,  était formé pour ne pas se poser de questions, un ordre d’aller tout droit ou d’esquiver y compris en allant au fossé devait être exécuté. Et à ce jeu, les conducteurs du  13°RDP et du 1°RPIMa montraient toutes leurs qualités. L’observateur-chef d’équipage quant à lui,  assurait la sécurité générale,   observait et était le seul responsable de sa mission. Lors des actions d’observations plus délicates de décompte des convois sur route au plus près des véhicules et des blindés au risque de se faire percuter ou bloquer. Il identifiait les véhicules en notant les numéros d’identification au magnétophone, l’observateur en ces instants était entièrement concentré sur sa tâche,  véritable homme-orchestre et  trapéziste de l’identification.

 

Les blocages n’étaient pas fréquents dans le Local, mais néanmoins possibles. Ce fut mon cas lors d’un mouvement important de la 35°DFMG, Chacun d’entre nous aurait de multiples « aventures » à raconter et se souvient encore des montées d’adrénaline. Ce qui était vrai en Local, l’était aussi bien entendu en zone.

 

Tout cela nous rappelait que dans une situation  de crise majeure, les équipages en zone comme en local,  n’auraient pu survivre très longtemps. Nous en étions tous conscients

 

La mission Local continuait lors du retour à Berlin-Ouest par un passage rapide à USMLM pour déposer un highlight  qui consistait à signaler les faits importants observés durant la Mission.

 

Puis,  dès le lendemain venait le temps  d’exploiter le renseignement recueilli en étudiant les photographies prises et en débriefant les bandes sonores afin de  rédiger une NR (Note de renseignement) précise et complétée, le cas échéant, par des photos.  

 

 

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Cette mission Local fut un réel  privilège de l’assumer en dépit de tous les risques encourus. Au-delà des années,  il n’est pas inutile de s’en souvenir.

 

Roland Pietrini 

 

 

 

Les commentaires sont ouverts aux personnes identifiables inscrites  (NDLR)  

 

 

(1)   https://www.secrets-de-la-guerre-froide.com/historique-de-la-mmfl et https://www.secrets-de-la-guerre-froide.com/article-sans-titre-3

 

(2)   Les officiers de la MMFL tous chefs d’équipage, se concentraient plus particulièrement  sur les Missions de renseignement dans la profondeur de la RDA. Ce sujet  fera l’objet d’un autre article.

 

(3)   Le terme « équipage » désigne les personnels occupant les véhicules (VGL). Pour le Local, deux sous-officiers, un observateur-chef d’équipage sous-officier et un conducteur (du 13°RDP ou du 1° RPIMA), pour les Missions plus profondes en RDA, un officier chef d’équipage, un sous-officier observateur, un conducteur  (souvent un sous-officier observateur en renfort ou en formation ou dans certains cas des conducteurs détachés du  13°RDP ou du 1° RPIMa à partie des années 80, au tout début  de l’histoire de la MMFL des appelés assumaient le rôle de conducteur)

 



13/10/2018
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