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Erich MIELKE

Rédacteur : Jacques Suspène.

 

 

Episode 1

 

 

              Erich MIELKE Ministre de la Sécurité d’Etat (MfS) de 1957 à 1989 :

            « Sa haine des Missions »

 

 

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Erich Honecker félicite Erich Mielke (à droite) à l'occasion du 30e anniversaire de la création de la Stasi.

 

Dès sa création le 8 février 1950, le ministère de la Sécurité d’Etat (Mfs) s’intéressa aux missions de Potsdam. Dans une 1ére directive connue en date du 2 mars 1955, le Général Erich MIELKE alors adjoint au Ministre, « donne de l’élan » à ses subordonnés afin qu’ils améliorent sensiblement la lutte qu’ils mènent contre les missions de Potsdam. Son arrivée à la tête de ce ministère (de 1957 à 1989) provoqua un combat sans merci de cet organisme contre les Missions.

 

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Erich MIELKE, né en 1907 est dès l’âge de 13 ans membre du parti social-démocrate d’Allemagne (SPD) puis du Parti Communiste d’Allemagne (KPD) à partir de 1920. Poursuivi pour le meurtre de deux policiers en 1931, il fuit en Union soviétique et suit les cours de l'École internationale Lénine de 1932 à 1935. Il devient en juin 1945 chef de l'Inspection de la police à Berlin-Lichtenberg, et directeur du Service Police Justice du comité central du parti communiste en décembre avant de devenir l'un des adjoints de Wilhelm ZAISSER , le premier chef de la Stasi (Ministère de la Sécurité d’Etat). Erich MIELKE est connu pour son rôle dans l'organisation du système de surveillance généralisé en RDA et devient lui-même chef de la Stasi en 1957, poste qu'il occupe jusqu'en 1989.

 

 

Il devient membre du bureau politique du comité central du Parti socialiste unifié d'Allemagne (SED) en 1976  après la mise à l'écart de Walter Ulbricht et l'arrivée au pouvoir d'Erich Honecker. Il est alors considéré comme le deuxième homme du pouvoir est-allemand, ayant avec Honecker un entretien en privé à l’issue de chaque réunion du bureau politique.

 

 

Erich Mielke est condamné en 1993 par le tribunal régional de Berlin à six ans d'emprisonnement pour l'homicide des deux officiers de police, soixante-deux ans après les faits. En prononçant la sentence, le juge Theodor Seidel dit à Mielke qu'il « restera dans l'histoire comme l'un des dictateurs et ministres de la police les plus redoutables du XXe siècle ». Après avoir bénéficié d'une libération conditionnelle en 1995 en raison de son âge avancé  et de sa mauvaise santé mentale, Mielke meurt le 21 mai 2000, à l'âge de 92 ans, dans une maison de retraite de Berlin. Le 8 juin 2000, des fleurs et des couronnes déposées sur sa tombe sont retrouvées déchirées et la tombe dégradée.

 

(Source Wikipedia).

 

 

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L’ancien siège de la Stasi a été transformé en Musée et peut se visiter

 

 

Les archives de la Stasi contiennent le fichage de plusieurs millions de personnes, en premier lieu des citoyens de la République démocratique allemande, mais aussi de la République fédérale d'Allemagne et d'autres États étrangers. À la suite de l'effondrement de la RDA, elles ont été confiées à un organisme spécifique, le Bundesbeauftragte für die Unterlagen des Staatssicherheitsdienstes der ehemaligen Deutschen Demokratischen Republik (littéralement « mandataire fédéral pour la documentation du service de sécurité de l'État de l'ex-République démocratique allemande ») ou BStU. Le travail de la BStU prend fin le 17 juin 2021 et ses missions sont transférées aux Archives fédérales1.

 

Une partie de ces archives (les Rosenholz-Akten) avait été récupérée par la CIA au moment de la réunification puis finalement restituée à l'Allemagne et confiée au BStU en 2003. Une autre partie de ces archives consiste en de nombreux sacs de documents déchirés (on parle de 16 à 17 000 sacs représentant 16 millions de pages), la Stasi ayant donné l'ordre de détruire les dossiers « pouvant incriminer les employés officieux (indicateur) ».

 

 

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Les dossiers des archives de la Stasi à Berlin. Plus de 110 km de documents sont stockés dans ces archives.

 

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16000 sacs de documents déchirés ou déchiquetés également stockés.

 Certains documents provenant de plus de 500 sacs ont été reconstitués grâce au travail méticuleux des « Puzzle-Women ».

 

 

Dans la suite de cet article seront repris beaucoup d’éléments des bulletins « Propousk » internes à l’AAMMFL (Amicale des Anciens de la MMFL) et/ou figurant, avec son aimable autorisation, dans le livre du Général MANIFICAT « Le Pont des espions sous l’uniforme » publié aux Editions Histoire&Collections.

 

Erich MIELKE, le Chef de la Stasi et Président du SV Dynamo de 1953 à 1989, aimait les sportifs mais …… détestait les trois Missions Militaires Alliées de Potsdam (MML) et ses « Missionnaires » considérés comme des « agents-espions occidentaux ».

 

 

Sa première Directive connue à l’encontre des trois MML de Potsdam :

 

Dans sa première directive connue, la note n° 8/55 datée du 2 mars 1955, le général Erich MIELKE, alors adjoint du ministre, « donne de l’élan » à ses subordonnés afin qu’ils améliorent sensiblement la lutte menée contre les Missions de Potsdam et contre ceux qui sont soupçonnés de les aider, directement ou indirectement.

 

Pour MIELKE, les trois Missions se livrent à l’espionnage : « Des faits incontestables prouvent que les trois Missions Militaires de Potsdam profitent de leur statut et de leur situation pour se livrer à des activités d’espionnage contre la RDA, l’URSS et les démocraties populaires. Ils se servent de leur immunité diplomatique pour récolter sur tout le territoire des informations politiques, économiques et militaires. Ils prennent des contacts avec la population, particulièrement aux abords des objectifs militaires. Ils s’intéressent aussi aux grands centres industriels et économiques du pays. Leurs activités ne sont pas suffisamment suivies.

 

 Une réorganisation s’impose pour entraver leur action : Pour réduire l’activité d’espionnage des trois missions et neutraliser leurs agents, les mesures suivantes seront prises : Les Divisions II du MfS des différents districts organiseront sans délai la lutte contre tous ceux qui collaborent avec les membres des Missions. Le 5ème Bureau de la Division II créera un organisme spécialisé qui centralisera, contrôlera et dirigera l’organisation de cette lutte. Le bureau Z à Potsdam à qui incombe l’observation des villas des Missions rendra compte au 5ème Bureau de toutes les actions opérationnelles en cours. La Division II est pilote pour le suivi des membres des Missions comme pour l’organisation de l’observation extérieure des Missions. Un réseau d’informateurs sur le comportement des missionnaires sera créé dans les lieux qu’ils fréquentent habituellement (hôtels, restaurants, cafés, monuments et musées, bijouteries, antiquaires, etc.). Une éducation systématique des informateurs sera faite pour les mettre en garde contre la « générosité » et les pots-de-vin des étrangers avec lesquels ils cherchent à corrompre la population. Dans le cas où, au cours de la surveillance, il s’avérerait nécessaire d’avoir recours à des moyens techniques opérationnels, il faut s’adresser directement au secrétariat d’État du MfS. Pour éviter toutes complications diplomatiques ultérieures, il est indispensable de mener cette lutte dans le secret le plus absolu. En cas de découverte de liens existant entre des missionnaires et des habitants de la RDA, il faut en informer sans délai le 5ème Bureau. De même, dès l’apparition sur le territoire d’un district d’un véhicule de liaison d’une des missions militaires, il faut en informer aussitôt par téléphone le 5e Bureau. » Signé MIELKE.

 

 

Suites de l’incident d’un équipage US du 10 juillet 1959 :

 

Les conséquences de l’incident, bénin mais symptomatique dans ses conséquences, d’un équipage d’USMLM le 10 juillet 1959 (voir article précédent du Blog « Epaule contre Epaule ») vont être le début d’une longue offensive est-allemande cherchant à dénier aux trois Missions Militaires le droit à l’immunité des personnes et des voitures.

 

Déjà dans sa lettre du 20 juillet 1959 adressée à Nikita KROUCHTCHEV, Walter ULBRITCH accusait de mollesse les autorités Militaires Soviétiques du GFSA (Groupe de Forces Soviétiques en Allemagne -RDA) envers les MML et proposait des mesures combinées fortes. Le Premier Secrétaire du Parti Socialiste de RDA s’adressait ainsi à l’autorité de « Moscou », court-circuitant ainsi quasi-volontairement le Commandement du GFSA responsable de la mise en œuvre des accords de Potsdam.  Comme indiqué dans un article précédent, la première conséquence majeure fut « la crise des Propousks qui dura plusieurs mois » et se termina positivement pour les trois MML Alliées le 14 mars 1960 grâce aux mesures de rétorsion envisagées par les Alliés à l’encontre des trois Missions Militaires de Liaison Soviétiques en RFA.

 

 

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(Projet de rétorsion américain – 02/02/1960)

 

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(Le14/03/1960 le Maréchal de l’Union Soviétique Zakharov,  commandant le GFSA annule la création des nouveaux Propousks)

 


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Les « anciens Propousks» deviennent des « nouveaux » à « l’ancienne »

 

 

 

Dans le même temps les pancartes anti-missions en quatre langues se sont multipliées et bien que la plupart d’entre elles ne correspondent ni aux zones interdites imposées par les Soviétiques ni aux accords bilatéraux, elles ont été néanmoins entérinées par ces derniers sous la pression des autorités est-allemandes. Cependant les Soviétiques prirent la précaution, également en ce domaine, de ne jamais donner leur accord aux Allemands de l’Est pour conférer aux pancartes un caractère formel de zone interdite au sens des accords, de crainte très probablement que les Occidentaux ne répliquent par une mesure analogue en Allemagne de l’Ouest.

 

 

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(Les trois MML Alliées ne reconnaissent pas la légitimité des « pancartes » et n’hésitent pas à les supprimer manu militari.)

 

 

Les autres conséquences furent une surveillance accrue des MML de Potsdam par le Stasi. Sous l’ère MIELKE elle subit une profonde  réorganisation interne créant des « Bureaux » et « Divisions » exclusivement dédiés à la surveillance et à la lutte contre les MML, prônant des actions de surveillance et d’actions plus fortes de la NVA et des organisations « paramilitaires » à l’encontre de leurs  équipages et de leurs véhicules…..

 

Extraits de nouvelles directives de MIELKE:

 

Bien que longues ces directives montrent le souci du détail de MIELKE dans sa volonté de lutte contre les trois Missions Alliées de Potsdam.

 

Octobre 1959 

 

Dans une nouvelle directive, n° 395/59 datée du 12 octobre 1959,  qui fait suite à la colère et la lettre de Walter Ulbricht  , le Général Erich Mielke, (devenu en 1957 ministre de la Sécurité d’État), prescrit une réorganisation de l’organisme chargé de lutter contre les missions de Potsdam avec la création d’un nouveau détachement, plus spécialement chargé de surveiller les « Missionnaires » dans les villas de Potsdam et même à Berlin-Ouest : « Afin de poursuivre l’amélioration, la spécialisation et la coordination des activités opérationnelles visant les missions militaires dans leurs locaux de Potsdam comme dans ceux qu’ils occupent à Berlin-Ouest, et concernant les reconnaissances légales qu’ils effectuent sur le territoire de la RDA et qu’ils mettent à profit pour se livrer à l’espionnage politique, économique et militaire, j’ordonne la création d’un “Détachement R” qui sera commandé par le lieutenant-colonel X avec pour adjoint le commandant Y. Le directeur de “R” recevra de la Division principale VIII tous les matériels opérationnels nécessaires ainsi que les moyens personnels, techniques et financiers pour l’année en cours. Il est habilité à requérir l’aide des districts en matière d’observation ou d’aide technique, et à utiliser le réseau des correspondants officiels et non officiels. La Division principale d’administration et de formation prendra en compte dès maintenant les besoins du “détachement R” et lui affectera dans l’immédiat 10 personnels des directions de district. Cet ordre entre en vigueur dès à présent. Il sera porté à la connaissance de tous les chefs de détachement. »

Signé MIELKE.

 

 Octobre 1960

 

Dans la très intéressante directive suivante, n° 2/60 datée du 12 octobre 1960, MIELKE décrit avec force détails la composition et le rôle, selon sa perception des trois Missions Militaires de Liaison Alliées de Potsdam :

 

 « Les Missions Militaires de Liaison ont pour buts de reconnaître les objectifs militaires, casernes, dépôts, gares, terrains d’exercice, aérodromes, camps d’été, ports, stations radar et transmissions appartenant aux armées soviétiques et est-allemandes, ainsi qu’au ministère de l’Intérieur (Police populaire) et au ministère de la Sécurité d’État (Stasi). Il faut ajouter à cela leurs investigations concernant l’état des routes, des autoroutes et des ponts (dimensions et limites de charge), les possibilités de franchissement, de débarquement depuis la Baltique, d’atterrissage et de largage, sans compter la reconnaissance des zones de déploiement, de caches et des itinéraires stratégiques, des nœuds ferroviaires, des installations portuaires, des relais de transmissions, etc. Ils ont aussi pour buts la reconnaissance des objectifs industriels tels que les centrales électriques, les usines à gaz et de traitement des eaux, les centres postaux et de transmissions gouvernementales, les installations ferroviaires, les transformateurs électriques, les barrages, les entreprises et dépôts importants pour l’approvisionnement de la population. Ils créent et entretiennent des liens avec certaines catégories de la population à l’occasion de leurs déplacements en RDA … ….

 

Puis MIELKE précise les interdictions qui leur sont imposées officiellement par les Soviétiques :

 

« Pour restreindre et contrecarrer les activités hostiles des missions militaires de liaison, le ministère de la Défense nationale, le ministère de l’Intérieur, le ministère de la Sécurité d’État et le GFSA imposent aux missions militaires de liaison à l’intérieur du territoire de la RDA des zones d’interdiction permanentes ou temporaires. Les zones interdites permanentes (ZIP) sont celles qui abritent les objectifs militaires ou économiques les plus importants. Les zones interdites temporaires (ZIT) sont fixées pour la durée des exercices, des mouvements de troupes, des embarquements et débarquements d’unités dans les gares ou dans d’autres cas d’importance. Les limites de ces ZIP et ZIT sont communiquées aux missions militaires de liaison. Casernes, terrains d’exercices, champs de tir, aérodromes et autres objectifs militaires de la NVA et du GFSA, de même que les implantations industrielles importantes de la RDA, situés à l’extérieur des ZIP seront protégés par des pancartes particulières placées sur les voies d’accès. Les membres des missions militaires n’ont pas le droit de photographier les unités, les matériels, les objectifs civils ou militaires, ni les infrastructures de transport. Des pancartes matérialiseront cette interdiction.

 

 Ils doivent toujours se déplacer en uniforme de leur pays sur le territoire de la RDA. De même que les membres de leurs familles, ils doivent toujours être en possession des laissez-passer réglementaires (Propousk).  Ces derniers sont établis par l’état-major du GFSA. Ils ne peuvent utiliser que leurs véhicules de liaison. L’utilisation d’autres moyens de transport leur est interdite. Leurs véhicules sont identifiés par une plaque d’immatriculation de couleur jaune avec le drapeau de leur pays, un numéro et l’inscription suivante en caractères cyrilliques : mission de liaison F, GB ou US auprès du haut commandement du GFSA ».

 

 Il y définit également avec détail la conduite à tenir vis-à-vis d’elles et prescrit un renforcement de la lutte contre leurs activités :

 

 « Les membres des forces armées du ministère de l’Intérieur, de la NVA et de la Stasi en uniforme, lorsqu’ils rencontrent des membres des missions militaires de liaison sont tenus de les arrêter lorsque ces derniers mènent des actions contraires aux règlements de la RDA et incompatibles avec leur fonction d’officier de liaison auprès du GFSA telles que espionnage subversion, provocation, propagande, agitation contre la RDA, l’Union Soviétique ou les pays frères, pénètrent dans des zones identifiées comme Zone d’Interdiction Permanente ou Zone d’Interdiction Temporaire, pénètrent sur des terrains bordés par des pancartes d’interdiction, enfreignent les consignes des postes de régulation est-allemands ou soviétiques, photographient des troupes, des matériels ou des objectifs malgré les panneaux qui l’interdisent, troublent l’ordre public ou ne respectent pas le code de la route … ...

 

En cas d’arrestation, l’usage de la violence physique ou verbale, l’usage d’armes à feu ou la menace d’en user sont interdits. La fouille des véhicules et celle des personnes ne sont pas autorisées. Les enquêtes après blocages sont conduites uniquement et directement par l’état-major du GFSA, le commandant de garnison ou le commandement local. Le responsable du blocage doit faire appel à un officier de la Komandatura ou de l’unité soviétique la plus proche du lieu du blocage. Les directives récapitulant ces mesures, établies par le ministère de l’Intérieur et par le ministère de la Défense nationale, précisent que toutes les unités ou services mêlés à un incident avec les Missions Militaires doivent en rendre compte à la Police populaire de l’arrondissement qui en informera sans délai la Stasi. Toutes les unités et services témoins d’une activité des Missions Militaires doivent en rendre compte immédiatement au commandant de la garnison soviétique la plus proche avec lequel le commissariat de police d’arrondissement doit se tenir en contact étroit. Les informations recueillies lors de ces incidents ou événements à proximité d’objectifs sont à faire suivre au détachement local de la Stasi. »

 

MIELKE donne l’ordre formel à tous les échelons de coopérer sur l’ensemble du territoire :

 

« Afin de neutraliser toutes les actions hostiles des Missions Militaires, j’ordonne que sur la base de ces directives et des ordres émanant du ministère de l’Intérieur et du ministère de la Défense nationale, une coopération entière soit établie au niveau de l’arrondissement entre ces ministères et les organes de la Stasi, que dans chaque district les contacts soient pris pour qu’une surveillance étroite soit maintenue sur les Missions Militaires……

Les chefs des services d’arrondissements s’assureront qu’à tous les niveaux, les informations concernant les événements liés aux missions militaires soient acheminées sans délai vers le directeur du district qui les rediffusera après validation par le détachement R du ministère de la Sécurité d’État.

Tous les honorables correspondants de la Stasi, officiels ou non, devront rendre compte de chaque apparition d’un équipage de mission de la façon suivante : Jour, heure, direction d’où vient la voiture, à quel endroit elle a été vue, dans quelle direction elle se dirige. N° et type du véhicule, sa nationalité, sa couleur. Nombre d’occupants, hommes et femmes, en civil ou en tenue, leur description…... En cas de nuit passée sur le terrain, lieu, nom de l’hôtel, durée de la nuit, emplacement du véhicule. »

 

Dans cette Directive aucun détail n’est négligé et toutes les circonstances sont envisagées :

 

« En cas de blocage de membres des missions militaires par des organes du ministère de l’Intérieur ou de la NVA et indépendamment de l’enquête des services soviétiques, la Stasi doit immédiatement se rendre sur les lieux pour recueillir des preuves : infractions commises, prise de photos, recueil de traces, etc.

 

S’il est avéré que la mission militaire emporte du matériel d’espionnage, il faut en faire part aussitôt au représentant de la garnison soviétique sur place pour qu’il puisse prendre des mesures, ainsi qu’au détachement R … ….

 

 En cas d’accident survenu à un véhicule de mission, il faut sécuriser les lieux et chercher à s’emparer en secret des matériels d’espionnage ….

 

Dans les villes ou localités fréquentées par les missions militaires en raison des hôtels et des magasins où les équipages séjournent, il faut mettre en place des honorables correspondants qualifiés et formés au traitement et à la compromission des personnels. Les mesures techniques adéquates sont à prendre dans les hôtels. Dans les localités proches des objectifs militaires ou industriels, il faut mettre en place des informateurs qui agiront en liaison avec les honorables correspondants ….

 

 Pour éviter des conséquences politiques imprévues et dommageables, il faut organiser le travail sur la base des présentes directives ».

 

 Aucune opération ne doit être entreprise contre les Missions Militaires sans avoir pris contact auparavant avec le département R. Les personnes vulnérables du fait de leurs contacts avec les Missions Militaires doivent faire l’objet d’un rapport à la division R ….

 

Les présentes directives annulent les précédentes qui doivent être renvoyées pour le 15 mars 1960 au bureau de Direction du MfS-archives. »

 

Signé : Général-Oberst MIELKE.

 

 

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Aide-mémoire établi par la Stasi et distribué aux soldats de la NVA et à la population pour lutter contre les Missions en signalant leur présence

 

Aout 1967

 

Sept ans plus tard, par sa directive n° 28/67 du 1er août 1967, MIELKE émet un nouvel ordre dont la phraséologie est on ne peut plus caractéristique :

 

« Sécurité politico-opérative des voies de transit temporairement autorisées et mesures de protection contre les menées subversives des trois missions militaires de liaison et des trois commandements militaires occidentaux ».

 

 « La construction du socialisme impose le renforcement de la RDA et sa protection sans faille. Le comité central de la SED considère que l’impérialisme n’est pas devenu plus puissant, mais plus agressif. La politique des milieux impérialistes des États-Unis et d’Allemagne de l’Ouest montre qu’ils essaient de remettre en cause à partir du sol allemand les acquis de la Seconde Guerre mondiale par des actions de force envers les États socialistes.

 

 Il faut empêcher que le trafic temporairement autorisé sur les voies de transit entre l’Allemagne de l’Ouest et le territoire particulier de Berlin-Ouest, ainsi que la circulation des trois Missions Militaires de liaison sur le territoire de la RDA et de sa capitale, ne permettent à l’adversaire de mener ses activités hostiles.

 

L’entrave des activités hostiles sur les voies de transit temporairement autorisées, ainsi que des trois Missions Militaires de liaison sur le territoire de la RDA et des trois commandements militaires à Berlin, capitale de la RDA, nécessite une action politico-opérative du ministère pour la Sécurité d’État. »

 

« Afin de conduire une action d’ensemble et d’assurer l’emploi coordonné et rationnel des forces officielles et non officielles de toutes les chaînes opérationnelles et de leurs moyens techniques, j’ordonne : Le chef de la Division principale VIII est responsable de la sécurité politico-opérative sur les voies de transit, ainsi que de la protection contre les missions militaires de liaison et les commandements militaires occidentaux sur le territoire de la RDA et de sa capitale … …

 

 La protection interne et externe a pour objectifs …d’entraver des activités de reconnaissance des Missions, de constater, de recueillir et d’analyser les événements et les données …paraissant suspectes dans le but de détecter et de traiter les activités hostiles.

 

La Division principale VIII (9ème et 10ème bureau), compétente pour les méthodes de travail, la coordination, l’orientation et l’exploitation, est chargée de la surveillance et de la protection contre les Missions militaires sur le territoire de la RDA ; elle organise la surveillance permanente des véhicules suspects sur les voies de transit. Elle organise à son initiative des actions sur tout le territoire et mène la propagande dans le but de détecter les postes d’observation des Missions ….

 

Pour accroître l’efficacité des mesures de protection, il y a lieu d’impliquer les forces patriotiques de toutes les couches de la population. … … Ma note de service n° 2/60 sur l’organisation de l’action de toutes les unités contre les missions occidentales conserve intégralement sa validité. Le présent ordre et sa directive de mise en œuvre sont hautement classifiés. Ils sont à conserver par les chefs de division principale, division autonome, directeur de district, et à remettre contre accusé de réception aux seuls chefs chargés de leur mise en œuvre.

 

 Le présent ordre entre en vigueur le 15 août 1967. »

 

Signé : MIELKE, Général de corps d’Armée.

 

 

La lettre de Walter ULBRICHT de juillet 1959, relayée par les directives de MIELKE  a provoqué un « coup de fouet » tant au sein de la Stasi  qu’auprès des instances du GFSA en charge de la surveillance des trois MML Alliées de Potsdam. Des documents d’archives de 1969 puis de 1975 montent une coopération de plus en plus étroite et plus active entre ces différentes entités. Cela n’empêche cependant pas la Stasi de toujours demander plus à son « grand frère » à l’encontre des Missions de Potsdam.

 

En juillet 1969, les autorités Soviétiques dans une proposition faite à leurs « Amis Allemands » reconnaissent que des progrès ont été réalisés dans la lutte contre les Missions Militaires Alliées de Potsdam mais qu’il est possible de faire mieux par une meilleure concertation et une attitude plus offensive et font des propositions.

 

En septembre 1975, les Allemands de l’Est déplorent de ne pas être destinataires de toutes les informations recueillies sur les MML et réclament une meilleure intégration des circuits trop cloisonnés entre Vopos, MfS, Kommandaturs, SRE, collaborateurs non officiels et employés des villas…

 

Le 15 novembre 1975 les Soviétiques répondent favorablement à cette demande d’amélioration d’échange d’informations entre le KGB et le Mfs : « Conformément aux propositions soumises en novembre 1975 lors de la délibération entre la direction de la division des sections spéciales du KGB auprès du conseil des ministres de l’URSS et la VIIIème division principale du MfS, il apparaît indiqué de procéder à l’échange mutuel des informations » et suit une très longue énumération des domaines d’échanges.

 

Et dans un document en date de janvier 1975 le Mfs apprécie ce renforcement des échanges :  

« Il ressort de la réunion de novembre 1975 entre nos deux organismes qu’il est nécessaire de renforcer l’échange d’informations concernant tout particulièrement les Missions de liaison alliées accréditées auprès du GFSA. Notre intérêt commun de sécurité doit nous conduire à adopter des mesures plus efficaces pour contrecarrer leur action. »

 

Ces directives seront bientôt suivies d’effet et la Stasi passera très rapidement de la théorie à la pratique. Pour les missions militaires de liaison, le jeu du chat et de la souris va devenir de plus en plus périlleux. Il sera même mortel…… (1984 et 1985).

 

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 Le 22 mars 1984, il y a 40 ans l’Adc Philippe MARIOTTI est tué dans une embuscade montée par la Stasi et le 24 mars 1985 le Major Arthur NICHOLSON est abattu sans sommation par une sentinelle soviétique (sous la menace son Sergent est contraint de rester au volant sans pouvoir lui porter secours).

 

 

L’épisode 2 abordera succinctement les enseignements que dégageront les Allemands et les Soviétiques de ces échanges et montrera une coopération encore plus étroite y compris dans des actions « opérationnelles fortes » sur le terrain.

 

Je dois reconnaitre que malgré mes deux séjours opérationnels à la MMFL, j’étais loin d’imaginer que nous étions autant le centre d’intérêt de la « pieuvre Stasi » et de celles de ses Amis, les « pieuvres soviétiques KGB et GRU ».

 

Malgré toutes ces directives à l’encontre des trois MML Alliées, comme l’écrit le Général MANIFICAT :

           « Les Missions Militaires Alliées de Potsdam sont insupportables » …et le resteront.

 

 



17/04/2024
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