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Échanges avec le KGB

Au printemps 1989 – alors que je servais au Bureau Renseignement du CCFFA à Baden-Oos – j'ai  été désigné, avec un camarade du BRRI, comme obsevateur d'un exercice notifié – selon les Accords de Stockholm – en ex-RDA, par le Groupe de Forces Ouest de l'Armée soviétique.

 

Munis d'un passeport diplomatique, nous sommes rentrés en ex-RDA par le sud, pour rejoindre Potsdam, où nous étions logés dans le luxueux Interhotel, dans lequel je n'avais jamais mis les pieds pendant plus de 7 ans, alors que j'étais affecté à la MMFL.

 

Première journée, peu après notre arrivée en bus sur le terrain, en Letzlinger Heide, je suis abordé par deux officiers soviétiques, en tenue de combat avec un tee-shirt rayé. Je suis interpelé dans un excellent français par la formule : « Monsieur DEMAY va bien ? » Dans ma tête, il y a un déclic car la qualité du français n'est pas courante, et – par goût de la provocation – je leur demande immédiatement s'ils appartiennent aux Spetsnaz puisqu'ils portent un tee-shirt rayé ? La réponse vient sans hésitation : nous sommes de l'EMG Moscou, et nous sommes ici pour nous assurer que tout se passe bien pour les observateurs. Je les rassure : l'accueil est parfait et nous sommes très bien logés à Potsdam... Je n 'ai plus aucun doute : le KGB s'intéresse à moi.

Puis, mes « amis soviétiques » commencent à m'interroger sur la position de la France au sujet du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI), ratifié par Bush et Gorbatchev en mai 1988. Il concerne aussi les missiles, à courte ou moyenne portée, déployés sur le théâtre européen. La France serait la seule à ne pas faire d'efforts dans ce domaine, alors que d'autres Etats, à l'Est comme à l'Ouest, ont commencé de le faire... Je me permets de leur rappeler la position de la France : elle a quitté le Commandement militaire intégré de l'Otan, depuis 1966 ; elle n'est donc pas concernée par ces mesures de désarmement. La France est et restera une Nation indépendante en la matière, notammant quant à la décision d'emploi du feu nucléaire, en cas de conflit. Mes deux soviétiques semblent un peu déçus, soit !

 

Deuxième journée, nous sommes ailleurs, et très rapidement, les deux officiers soviétiques reviennent me saluer, toujours aimables et soucieux du bon accueil que nous avons. Et, très vite, ils remettent une louche sur le désarmement lié au Traité FNI : mêmes reproches, et mêmes réponses de ma part, toujours avec le sourire...

En rentrant à Potsdam, je n'ai aucun doute sur la suite : demain (dernier jour) j'aurai droit à un troisième couplet du KGB... Il convient donc que je trouve une réponse convenable, voire définitive. La nuit portant conseil, j'invente un vieux proverbe français.

 

Troisième journée, encore ailleurs, alors que je venais d'essayer d'extorquer un secteur postal à une infirmière soviétique, dans un poste de secours, je retrouve le KGB. Avec mes deux officiers, encore courtois, et le désarmement revient inexorablement sur le tapis. Ils expriment une nouvelle fois leur déception quant à la position française.

J'entame donc ma contre-attaque, en leur rappelant que la galanterie est une vieille tradition française et que nous y sommes très attachés. Ils acquiescent volontiers à cette proposition... Je vais donc, si vous le permettez, vous citer un vieux proverbe français : Ce n'est pas parce qu'une jolie femme commence à se déshabiller, que l'homme doit se mettre, tout de suite, tout nu ! J'ai alors droit à un retentissant «Молодéц !», autrement dit «Jeunot !» lls sont ravis et ont parfaitement compris  ma réponse à double sens.

 

Il est  vraisemblable que le KGB, à Moscou, a été rapidement informé de ce proverbe français, tout à fait inédit... Il figure peut-être encore dans les archives, reprises désormais par le FSB, depuis l'éclatement de l'Union soviétique, fin décembre 1991. L'histoire s'était rapidement accélérée, six mois après cette rencontre, le 9 novembre 1989, avec le fameux « ab sofort ! » de Schabowski, devant les médias étrangers médusés, à Berlin-Est : le Mur de Berlin était tombé...

 

Francis DEMAY   



30/07/2019
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