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Les « gamelles » et les bivouacs

 

Les « gamelles » et les bivouacs

 

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L'appétit n'empêche pas la  vigilance ( PO de Saarmund)

 

 

Passer son temps à traquer les convois militaires, à s’infiltrer dans les bois pour atteindre un point d’observation, et à échapper aux suiveurs de tout poil était un sport éreintant et il était indispensable de se reposer quelques instants à l’abri des surprises, de vérifier le bon état de la voiture et de ses passagers, ravitailler l’une et les autres, faire le plein, nettoyer le pare-brise, vérifier les niveaux et le tout, si possible, à proximité d’un axe à surveiller. C’était le moment divin de la « gamelle » ! Le soir, la zone de bivouac était choisie si possible près d’une voie ferrée. Le conducteur avait droit à la nuit entière de sommeil tandis que le chef d’équipage et l’observateur se partageaient la veille.

 

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La gamelle de midi...

 

Toute plaisanterie mise à part, la « gamelle » était un moment très important de la mission. Ce nom qui nous vient de l’italien et qui désigne ordinairement un récipient métallique comme une écuelle, désignait à la MMFL l’ensemble du panier-repas comprenant le liquide et le solide, le chaud ou le froid, ainsi que les couverts.

 

L’heure venue ou l’occasion propice, les « gamelles » étaient donc extraites de l’habitacle ou du coffre et elles étaient disposées selon l’humeur du moment, sur le toit, le coffre ou le capot. Convivialité oblige, on ne dévorait pas chacun de son côté, mais si la sécurité ou la permanence de l’observation l’exigeaient, un membre de l’équipage alors se détachait. Selon le climat du moment, l’origine géographique du missionnaire et les talents culinaires de son épouse, la gamelle suscitait l’intérêt, parfois l’envie, rarement la réprobation. On finissait par tout savoir, les préférences et les manies. Chacun améliorait le stockage pour garder au chaud,  l’hiver, la soupe et le café, et conserver les boissons fraîches l’été. L’équipage partageait, bavardait, il oubliait les rigueurs du froid ou de la pluie, les dangers de la terre et les soucis du moment, mais restait toujours aux aguets prêt à tout remballer en un instant pour partir à la poursuite d’un convoi ou tout simplement pour échapper à une tentative de blocage.

 

Cette pause conviviale était surtout celle du déjeuner ; le soir, en effet, l’ambiance était différente et le repas avalé plus rapidement. A la nuit tombante, il s’agissait de gagner une position permettant si possible de poursuivre l’observation à partir de la voiture à proximité d’une voie ferrée, de préférence en service, car il est arrivé à un équipage distrait ou mal informé d’observer toute une nuit une voie ferrée désaffectée ! Afin de ne pas s’endormir au volant le lendemain, le conducteur profitait d’un repos bien mérité. Si le terrain et l’environnement s’y prêtaient, la tente était dressée en un clin d’œil, du moins lorsque la MMFL fut dotée des matériels ad hoc. Si l’on se trouvait dans une zone de manœuvres ou en limite de zone interdite, il fallait se contenter de l’intérieur de la voiture. Et avec tout le matériel qui se trouvait sur la banquette arrière, il n’était guère question de mettre les sièges en position couchette !

 

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Bivouac "Air"

 

 

Portières verrouillées, clé de contact en place, les interrupteurs spéciaux en position « discrétion » (pas d’allumage de plafonnier à l’ouverture d’une porte, pas d’allumage des stops etc.), lunettes de conduite à intensification de lumière (IL) autour du cou du conducteur, jumelles d’observation IL autour du cou de l’observateur, magnétophone et appareils de photo à portée de la main, les missionnaires guettaient le halètement de la locomotive, annonciateur du train de matériel tant souhaité.

 

Si ce train surgissait, c’était le branle-bas de combat à l’intérieur du véhicule. Le poussoir du magnétophone était enfoncé, l’heure et le lieu annoncés, les essuie-glaces balayaient rapidement le pare-brise pour assurer une bonne visibilité, l’appareil de photo était réglé, les phares prêts à être allumés pour servir de flash. Le décompte pouvait commencer.

 

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Au petit matin, soudain un train 

 

Si le récepteur d’alerte couinait, ne serait-ce qu’un bref instant, coupant le bruit de fond, ce n’était pas une bonne nouvelle car cela pouvait signifier la présence à proximité des « suiveurs » tant redoutés. Le matériel était alors rangé, le conducteur réveillé et la nuit gâchée. Les branchages ou la couverture de camouflage étaient retirés. Sur le qui-vive, l’équipage se tenait prêt à démarrer par un itinéraire d’esquive repéré à l’avance. 

 

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Cohorte de suiveurs...., surpris

 

 

Si le calme régnait, le réveil se faisait avant l’aube et après un café brûlant, toutes traces du stationnement disparaissaient et la mission de reconnaissance se poursuivait après avoir quitté le point d’observation de la nuit le plus discrètement possible car il fallait qu’il puisse resservir.

 

 

 

Patrick.Manificat

 



14/12/2018
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