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BRIXMIS: Mission britannique de Potsdam, une histoire passionnante. (suite1)

 

HISTORIQUE DE BRIXMIS (2ème partie)

 

 

 

Voici la deuxième partie de l’historique de BRIXMIS. Elle rappelle le contexte historique de la création des missions qui a présidé à la signature de l’accord Robertson-Malinine, puis décrit le rôle initial de liaison qui a perduré jusqu’à la fin des Missions. Elle met aussi en évidence comment, très tôt, quelques mois après sa création, BRIXMIS a mené en parallèle des missions de renseignement qui sont devenues son activité essentielle en 1949, à la création de la RDA. Bonne lecture ! La rédaction - (J-P S)

 

 

 

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(Document original en anglais traduit par Arnaud Pietrini – Singapour- février-mars 2018

© The BRIXMIS Association pour l’original – © Arnaud Pietrini pour la traduction)

 

 

CONTEXTE HISTORIQUE

 

 

Anthony Eden, Cordell Hull et Vyacheslav Molotov, réunis à la Conférence des ministres des Affaires étrangères de Moscou le 30 octobre 1943, se mirent d'accord pour créer un Groupe consultatif européen (European Advisory Group ou EAG) chargé de définir l'organisation des organismes de contrôle alliés, après la reddition inconditionnelle du régime nazi.

 

L'EAG s'est réuni à Lancaster House et a publié le 14 novembre 1944 l'accord secret sur les organismes de contrôle en Allemagne, qui stipule dans son article2 :

 

« Chaque commandant en chef - dans sa zone d'occupation - aura auprès de lui des représentants militaires, navals et aériens des deux autres commandants en chef pour les tâches de liaison».

 

Cet accord a été ratifié à la Conférence des puissances alliées de Yalta en février 1945, ajoutant une zone française d'occupation. Ainsi, le concept des missions de liaison militaires soviétiques et occidentales (alliées) (y compris BRIXMIS) est né, réglementant les liens bilatéraux entre les commandants en chef.

 

 

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Au cours des derniers jours de la Seconde Guerre mondiale, une réunion de représentants  de l'Armée Rouge et des Forces Britanniques et Américaines dans ce qui allait devenir l'Allemagne de l'Est exigea la mise en place d'accord de liaison ad hoc. Dans le cas de l'armée britannique, des réunions ont eu lieu dans les premiers jours de mai 1945 dans la région de Wismar, sur la côte de la Baltique, entre le maréchal Bernard Montgomery et le maréchal Konstantin Rokossovsky.

 

 

 

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Déjà lors de la première réunion du Conseil de contrôle allié à Berlin le 5 juin 1945, il était clair que les relations entre les autorités militaires soviétiques et leurs trois alliés occidentaux seraient semées d'embûches.

 

 

 

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Les arrangements ad hoc qui avaient eu lieu à la suite de l'effondrement de l'Allemagne nazie suffisaient pour la première année, mais il devenait de plus en plus clair que des mécanismes plus formels pour gérer la liaison bilatérale avec les Soviétiques seraient nécessaires.

 

 

 

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Il en résulta qu'à Berlin, le 16 septembre 1946, les chefs d'état-major des commandements britannique et soviétique, le général sir Brian Robertson et le colonel général Mikhail Malinine, signèrent un accord établissant en principe la création d'une mission militaire de liaison britannique (BRIXMIS) dans la zone d'occupation soviétique et une mission militaire de liaison soviétique (SOXMIS) dans la zone d'occupation britannique en Allemagne. Une copie de l'Accord Robertson-Malinine est présentée à l'annexe A.

 

 

 

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Le rôle formel de liaison qui était l'objectif initial des trois MMAL (BRIXMIS-USMLM-MMFL) et de leurs homologues soviétiques, les MML en Allemagne de l'Ouest, a continué d'être important tout au long de la guerre froide. Il permettait la transmission bilatérale des messages entre les commandants en chef et facilitait les réunions peu fréquentes entre ceux-ci et leurs officiers d'état-major.

 

 

 

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Par exemple, pendant la période de forte tension au début des années 1960, le général Sir James Cassels, Commandant en Chef de l’Armée britannique du Rhin (British Army of the Rhine, BAOR), a pu rencontrer son homologue, le général d'armée Ivan Yakubovsky, pour discuter des mesures à prendre pour éviter un conflit armé en cas de mauvaise interprétation de l’état de disponibilité et des intentions de l'autre.

 

De même, à la fin des années 1980, les principaux commandants de la BAOR et de la Royal Air Force (RAF) en Allemagne furent reçus par leurs homologues du GFSA et vice-versa, les deux parties cherchant à démontrer publiquement combien leurs relations militaires étaient devenues plus constructives.

 

 

 

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Ainsi, en 1989, le général de l'armée Boris Snetkov, Commandant en Chef du GFSA, expliqua son plan de manœuvre d'exercice au général Sir Brian Kenny, Commandant en Chef de la BAOR.

 

 

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Pour ceux qui, dans la garnison britannique et plus largement à Berlin-Ouest, n'avaient pas « besoin de connaître » ce que recouvraient les rôles de la Mission, son existence devait paraître curieuse et inexplicable. BRIXMIS a aidé la police militaire royale à assurer la sécurité des parades militaires soviétiques qui se déroulaient trois fois par an au Mémorial de guerre soviétique dans le Tiergarten. À ces occasions, le chef de BRIXMIS fut normalement invité à rencontrer le commandant en chef du GFSA et les spectateurs ne pouvaient qu’imaginer qu'il ne s'agissait que d'une simple rencontre de politesse.

 

 

 

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Les seules autres occasions où la plupart des membres de la communauté alliée de Berlin-Ouest ont vu la mission à l'œuvre étaient lorsque le chef de BRIXMIS accueillait les invités soviétiques au défilé de l'anniversaire de la reine dans le complexe du stade olympique et au Tattoo de Berlin (un événement similaire au Royal Tournament à Londres).

 

 

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Les membres les plus chanceux des garnisons alliées recevraient une invitation à la réception pour l'anniversaire de la Reine de la part de la  Mission, tenue à la villa de la BRIXMIS à Potsdam. Peu d'invités semblaient manifester une curiosité particulière au sujet du vrai travail de la Mission et les questions de ceux qui le demandaient étaient poliment détournées.

 

 

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Il est à noter que l’accord Robertson-Malinine manque de détails dans la description des tâches. Par exemple, il a appelé les missions (BRIXMIS et SOXMIS) à «maintenir la liaison», mais n'a pas donné de définition de «liaison». Il définissait théoriquement des zones interdites permanentes (ZIP) ou temporaires (ZIT), mais il était imprécis en ce qui concerne les droits d'accès à l'intérieur de ces zones, Ce simple document de 2 pages n'a jamais été modifié au cours de sa durée de vie active de 44 ans et a permis une grande liberté d'action opérationnelle à BRIXMIS.

 

Avec USMLM et la MMFL, dont les deux accords bilatéraux similaires, mais non identiques, avec les soviétiques ont été signés seulement en avril 1947, BRIXMIS était donc en place et patrouillait opérationnellement dans la zone d’occupation soviétique) avant l'effondrement final de la coopération quadripartite et dès le début de la guerre froide en Allemagne

 

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Quelques mois après l'activation des MMAL, elles durent développer une existence proche de celle du Dr Jekyll et de Mr Hyde : la fonction de liaison officielle pour maintenir la communication entre les hauts commandements Britanniques et Soviétiques en Allemagne se poursuivit, mais face à la croissance perçue de la menace soviétique, le rôle des MMAL a évolué continuellement et elles sont devenues des organisations de renseignement hautement qualifiées, collectant des informations sur le terrain en Allemagne de l'Est.

 

Selon les termes des accords  Robertson-Malinine, BRIXMIS avait droit à 31 laissez-passer (propusk)  soviétiques - 11 pour les officiers et 20 pour les autres personnels ; ceux-ci autorisaient l’accès à la zone d’occupation soviétique au-delà de Potsdam. Au début, la mission relevait directement du ministère des Affaires étrangères et avait des liens avec le ministère de la Défense et l’état-major interarmées – les états-majors de la BAOR et de la 2ème ATAF) dans la zone d’occupation britannique. Initialement, les missions dans la zone d’occupation soviétique étaient très discrètes et sans photographie : tous les rapports de la patrouille étaient classés «Top Secret».

 

Dans l'ensemble, l'organisation était petite avec au début un effectif d’un peu plus de 40personnels. Pendant ses premières années, la majorité du personnel de BRIXMIS et leurs familles étaient logés à Potsdam, dans la Zone d’Occupation Soviétique, dans des infrastructures fournies par les Soviétiques; il y avait aussi un petit soutien de BRIXMIS dans le secteur britannique de Berlin-Ouest.

 

 

 

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Au sein de la Mission, il y avait un certain nombre de linguistes parlant russe, allemand et français. Environ les deux tiers du personnel provenaient de toutes les armes et de tous les services de l'armée britannique et environ un tiers de la RAF (principalement du personnel navigant). Des personnels de la Royal Navy et des Royal Marines ont servi dans la mission au cours des premières années, puis à la fin des années 1980, un officier marinier supérieur y a servi comme observateur.

 

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Après l’attaque en 1958 des installations de BRIXMIS à Potsdam par une foule est-allemande stipendiée, toutes les familles ont été évacuées vers le secteur britannique de Berlin-Ouest. À partir de ce moment-là, la principale base opérationnelle et administrative de la mission a été co-localisée avec le PC du secteur britannique dans le London Block, à l’intérieur du complexe du stade olympique dans le quartier de Charlottenburg de Berlin-Ouest.

 

 

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Les Soviétiques ont ensuite fourni à la Mission une grande et élégante villa à Potsdam, sur les rives du Heiligensee. La villa de  BRIXMIS était occupée à temps plein par un sous-officier supérieur et sa famille, plus, pendant un certain temps, par un transmetteur de la British Berlin Infantry Brigade. Une poignée de personnel domestique de l'Allemagne de l'Est a été fournie par la Section des relations extérieures soviétique (SRE) et une guérite de la Volkspolizei surveillait et gardait l'entrée.

 

 

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 La domination progressive des régimes communistes en Europe de l'Est, orchestrée par l'Union soviétique sous la direction agressive de Staline, a changé le climat politique dans la région. En mars 1948, les Soviétiques se retirèrent du Conseil de contrôle allié et tentèrent peu après de prendre le contrôle des zones alliées de Berlin-Ouest en fermant tous les accès routiers, ferroviaires et fluviaux; Ainsi commença le «blocus de Berlin» et le «pont aérien de Berlin» qui dura près d'un an. Malgré cette crise, les MMAL ont continué à patrouiller au sein de la zone d’occupation soviétique, bien que gênés par les restrictions imposées par les Soviétiques.

 

 

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Le 23 mai 1949, la souveraineté des Alliés sur les zones d'occupations occidentales est confiée à la République Fédérale d'Allemagne (RFA). Plus tard,  la même année, les Soviétiques ont cédé le contrôle de la Zone d’occupation soviétique à la République Démocratique Allemande nouvellement créée (RDA, mais communément appelée l'Allemagne de l'Est). Ensemble, tous ces événements ont vu une augmentation considérable de la tension entre les Alliés occidentaux et la menace de l'Union Soviétique, exigeant ainsi que le rôle de BRIXMIS passe de la liaison officielle à une recherche active de renseignements économiques et militaires.

 

Au milieu des années 1950, la chaîne de comptes-rendus a été changée au profit du PC interarmées de Rheindahlen, mais le ministère des Affaires étrangères a toujours reçu tous les rapports de BRIXMIS, qui ont été déclassés de «Top Secret» à «Secret». Plus tard, afin que l'accessibilité des renseignements  obtenus par BRIXMIS soit facilitée aux unités opérationnelles de première ligne, la plupart des rapports de routine ont été déclassés à «Confidentiel».

 

A partir de ce moment, le niveau d'activité et de ressources consacrées aux opérations de renseignement menées par BRIXMIS augmenta progressivement au fil des ans jusqu'à sa dissolution en 1990, date à laquelle les effectifs avaient presque doublé pour atteindre 78, le nombre de laissez-passer soviétiques étant resté inchangé. L'augmentation des effectifs a conerné le personnel de soutien dont les efforts ont grandement amélioré l'efficacité d'une mission dont les opérations de collecte de renseignements ont été menées à un rythme opérationnel remarquablement élevé chaque jour et chaque nuit de l'année. La plupart des membres du personnel de soutien ont effectué des missions en RDA à temps partiel.

 

 

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Cependant, des renseignements plus sensibles obtenus sur le terrain ont été rapportés séparément et sont restés classés « Secret » et certains étaient également protégés par un nom de code. Par exemple, les opérations de reconnaissance aérienne « Secret » de la mission (opération FARNBOROUGH, plus tard OBERON) ont été effectuées dans des avions Chipmunk stationnés à la base de la RAF de Gatow dans le secteur britannique et ont couvert la zone densément peuplée de la zone de contrôle de Berlin. USMLM et la MMFL ont effectué leurs propres vols en étroite coordination avec BRIXMIS.

 

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Etant donné que les Soviétiques ne disposaient pas de droits de survol similaires en Allemagne de l’Ouest, ce manque de réciprocité et la tolérance soviétique envers les vols Chipmunk de recueil de renseignement étaient surprenants.

 

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Les rapports des reco-air  Chipmunk ont été classés « Secret » jusqu'à la fermeture de la Mission à la fin de 1990. Le modus operandi des Chipmunks n'a jamais été enregistré ou signalé au-delà de BRIXMIS; cette opération reposait entièrement sur des briefings verbaux et des informations sur les objectifs conservées au siège de BRIXMIS à Berlin-Ouest.

 

 

 

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De même, les opérations de l'Armée de terre étaient coordonnées par l'officier des opérations au sol (Opérations SO2) et les opérations de la RAF par le chef des opérations (Sqn Ldr Ops) ; le mode opératoire de leurs patrouilles terrestres et Air était classifié et diffusé sur la base du « besoin d’en connaître » tout au long de l'existence de la Mission.

 

Donc, d’après ce que l'on peut constater avec le recul comme étant une grande opportunité, les trois MMAL étaient présentes sur le terrain avant les évènements qui ont conduit au blocus de Berlin et étaient donc bien placées pour observer les évolutions dans la zone d’occupation soviétique, puis la RDA. Plus tard, lorsque la population de l'Allemagne de l'Est se souleva contre ses dirigeants en 1953, lors des crises hongroise et tchécoslovaque de 1956 et 1968 et en 1961 lors de la construction du mur de Berlin, BRIXMIS et ses homologues américains et français étaient particulièrement bien placés pour rendre compte des développements militaires et civils sur ce terrain clé de la guerre froide juste au-delà du rideau de fer.

 

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Comme cette carte extraite d’un rapport de 1950 de BRIXMIS le montre, des rapports retrouvés dans les archives nationales donnent à penser qu’au tout début le centre d’intérêt opérationnel des sorties portait sur les infrastructures et sur la reconstruction économique de l’Allemagne de l’Est, ainsi que sur la localisation et l’identification des forces soviétiques. Moins d’intérêt semble avoir été porté sur l’ordre de bataille des unités et le renseignement technique détaillé, bien que les cibles d’opportunité fussent couvertes quand elles étaient découvertes.

 

 

 

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Les équipages ne prenaient pas de photos les premières années ; en fait, la Mission s’appuyait sur un dessinateur technique qui réalisait des croquis à partir des informations fournies par les équipages. Ci-dessous sont deux extraits de rapports « Top secret » produits en 1950.

 

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à suivre...

 

 

 



08/09/2018
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