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Missions dépancartage

Missions dépancartage

Souvenirs d'antan, les "pancartes anti-missions", éclosions et suppressions.

 

1/ Avant-propos:

Comme lors de mes articles précédents, je vous livre quelques souvenirs de missionnaire qui me reviennent à l'esprit en repensant à ces moments inoubliables passés au sein de la MMFL. Parmi ces souvenirs y figurent aussi en bonne place ceux vécus notamment lors des missions de dépancartage.

 

Le Général Manificat a écrit un bel et très documenté article sur les pancartes "anti-missions" qui figure dans le blog et que je vous conseille vivement de lire tout comme ses trois livres écrits sur la MMFL (Propousk; Les secrets de la Guerre Froide; Le Pont des espions).

La pancarte "anti-missions" a toujours accompagné la vie opérationnelle du missionnaire. Elle en est même devenue un "signe de reconnaissance" en figurant symboliquement sur nos cravates officielles. Et, lorsque la cravate “Missions” fut créée et réalisée au titre des 3 missions alliées, la tradition voulait qu'un “bon missionnaire” se devait, durant son séjour, d'avoir "démonté" autant de pancartes qu'il en figurait sur la cravate. Cette cravate est toujours d'actualité et nous la portons fièrement lors de nos festivités. Elle représente sur fond bleu un certain nombre de petites pancartes stylisées avec leurs poteaux.

Les pancartes “anti-missions”, en contradiction avec les accords Noiret-Malinine, avaient pour but de restreindre les déplacements des Missions et de pousser fortement l'ensemble de la population locale à contrer nos présences dans des secteurs jugés sensibles tant par les autorités soviétiques que par les autorités est-allemandes. Elles étaient également régulièrement implantées en limite des ZIT (Zone Interdite Temporaire) mais jamais...retirées. Les ZIT émanaient du haut Etat-major Soviétique en R.D.A et leurs cartes étaient remises quasi-simultanément aux trois missions par la S.R.E (Section des Relations Extérieures des forces soviétiques) implantée à Potsdam. Dès réception de ces cartes de ZIT, les 3 missions alliées les analysaient, en informaient leurs différents états-majors et coordonnaient des actions afin de découvrir l'objectif de ces interdictions très souvent liées à des exercices importants, des manœuvres, des déploiements particuliers, voire pour protéger et camoufler l'arrivée de nouveaux matériels.

 

Sur cette photo extraite du livre "Au cœur de le Guerre Froide, la mission Militaire de Potsdam" du Général Manificat, on peut voir deux chefs d'équipage Terre ("les Cne "Tra…" et "Bou…"), deux sous-officiers Terre (les Adj "Blanch…" et "Bay…", deux sous-officiers Air (dont le sergent-chef "Buis…"). Tous en salle Ops commune, analysant une carte des ZIT venant d'être reçue et mettant à jour les cartes opérationnelles en vue des sorties qui vont être déclenchées rapidement. Il est certain que c'est aussi un "acte de naissance" pour de nouvelles pancartes...

 

Salle ops terre.JPG

 

Ces éclosions spontanées de pancartes anti-missions venant s'ajouter à celles protégeant des zones d'objectifs sensibles étaient réellement un frein aux déplacements des missions et augmentaient notablement les risques d'incidents et de blocages tout en augmentant la gravité de ces derniers lorsque les équipages étaient "pris derrière pancarte".

Ainsi, afin de réduire ces risques, des missions étaient programmées afin de “supprimer”, dans les zones les plus sensibles, toutes traces de ces “limitations de circulation”. Au sein de la MMFL, régulièrement les chefs-ops des deux sections harmonisaient les missions de "dépancartages" en fonction des secteurs à traiter et décidaient laquelle des deux sections allait agir, parfois en équipage mixte. Ces missions s'effectuaient tant de jour que de nuit. Comme beaucoup de camarades, j'aimais ce type de mission qui était un peu un pied de nez à nos adversaires de l'époque.

 

2/ Souvenirs de missions de "dépancartages": Sus à la pancarte !

Lors de ce type de mission particulière, nous embarquions toujours l'ensemble de nos équipements opérationnels. Seul le chargement du coffre de la V.G.L (nos véhicules étaient ainsi dénommés Véhicule de Grande Liaison) était un peu différent. Nous limitions nos emports personnels au maximum afin de garder le maximum de volume disponible car nous emportions quelques outils spécifiques à ces missions : un énorme "coupe-boulon" qui était la pièce maîtresse de la mission anti-pancarte, pelles, pioche et couvertures supplémentaires.

Ces pancartes, en plastique très rigide et épais ou parfois en métal, de format environ 50 x 60 cm, sur fond blanc portaient l'inscription en 4 langues (russe, allemand, anglais, français) : "Passage strictement interdit aux membres des missions militaires étrangères". Chaque langue était séparée par un trait horizontal de couleur noire ou rouge. Les pancartes étaient boulonnées sur des poteaux en béton armé d'environ 12x12 cm et de plus de 2 m de haut, souvent peints en rouge ou blanc et ancrés solidement au sol dans une base cimentée.

Les ordres établis, cette mission particulière débutait par une mise en place discrète dans le secteur défini. De nuit nous utilisions les équipements particuliers de nos VGL : coupe-feux avant et/ou arrière, interrupteurs permettant de ne rouler qu'avec un seul feu avant et arrière afin de simuler une moto, etc. Arrivés à la pancarte, si toutes les conditions de discrétion et de sécurité étaient remplies, le scénario était bien établi. Le chauffeur assurait la sécurité et les deux autres membres d’équipage se mettaient à l'œuvre. Il fallait tout d'abord secouer très fortement et dans tous les sens le poteau afin de provoquer des fissures à la base du béton. Entrait ensuite en action un énorme coupe-boulon "de compétition". Une fois les 4 tiges métalliques du béton armé sectionnées, le poteau était mis au sol, la pancarte détachée de son poteau et mise dans le coffre comme on glisse un gibier dans la gibecière. Lorsque le coffre était plein à craquer, les pancartes supplémentaires étaient glissées et cachées dans l'habitacle. La majorité étaient ensuite détruites et les restes camouflés dans des décharges publiques isolées, à cette époque nombreuses en RDA. Les pelles et parfois la pioche servaient aussi à détruire sommairement la base au sol et à la camoufler du mieux que possible avec de la terre ou autre.

L'étape suivante était l'enlèvement du poteau et son camouflage... l'idéal était de trouver une grosse buse d'écoulement d'eau et de le glisser à l'intérieur ou de le jeter dans une rivière, une pièce d'eau ou dans un profond fossé où nous le recouvrions de terre. Si plusieurs pancartes étaient assez proches les unes des autres, nous faisions un transport groupé des poteaux. Nous disposions alors sur le coffre fermé des couvertures afin de ne pas rayer la peinture du véhicule et d'offrir ainsi des traces visuelles de nos larcins.

Les poteaux étaient ensuite mis en travers jusqu'à leur "point de chute" collectif. Mais ce type de chargement augmentait en largeur le gabarit du véhicule ce qui pouvait, de nuit, parfois surprendre ceux qui nous croisaient.

Tout ceci paraissait simple quand toutes les conditions de sécurité et de discrétion étaient réunies mais ce n'était pas toujours le cas y compris la nuit. Comme en plein désert où l'on se croit seul au monde, il y a toujours un ou des êtres qui surgissent ou un imprévu qui vient perturber le bon déroulement. Dans ce type de mission tout cela était monnaie courante.

Souvent les "pancartes" étaient implantées près d'habitations ou de lieux "sensibles" par exemple au ras des "Vopoteries" (poste de la Volkspolizei dans notre jargon). Si des obligations évidentes de sécurité l'exigeaient, seule la pancarte était alors démontée.

Parfois les aboiements d'un chien ameutaient le quartier, un individu solitaire qui en pleine campagne arrivait de nulle part, un véhicule, un cycliste dans un chemin de pleine campagne et qui évitaient au dernier moment notre véhicule hors gabarit qui roulait tous feux éteints ... Pour "larguer" nos fameux poteaux nous profitions des ponts surplombant des rivières ou ruisseaux provoquant parfois l'effroi des participants à des festivités clandestines, à des pêcheurs braconniers ou à des amoureux cachés sous les ponts et qui à quelques centimètres d'eux voyaient surgir des "éléments" non identifiés", lourds, longs et engendrant d'énormes "ploufs"... De nuit, lorsqu'un véhicule se montrait trop curieux ou insistant, nous utilisions une arme dissuasive imparable... le " maxi-flash". Cet équipement photographique totalement indiscret, mais efficace, consistait en un miroir incurvé fixé à quelques centimètres devant un flash puissant, provoquait un énorme et éblouissant éclair. Couplé à une pellicule poussée 12800 ASA (à une époque où la photographie numérique n'existait pas encore) ce dispositif permettait d'obtenir de nuit, à plus de 100 m, des photos exploitables des matériels. Parfois il nous fut bien utile et notamment lors des missions de dépancartages. En effet les occupants d'un véhicule qui se montraient insistants, les yeux grands écarquillés, pour tenter de distinguer dans la nuit la masse sombre d'un véhicule imposant, tous feux éteints et une activité autour, recevaient par surprise un ou des éclairs surpuissants... ceci les mettait aussitôt en fuite... sans se douter qui ou quoi en était l'origine, probablement des militaires, la police ou des "malfrats"…!

Bien des missionnaires pourraient raconter des tas de souvenirs sur ce type de mission. Pour ma part, je me souviens entre autres, de deux anecdotes " Pancartes" :

- La première où un imprévu est venu perturber notre travail nous obligeant à un retour d'urgence à Berlin-Ouest et plus particulièrement à l'hôpital Pasteur, au sein du quartier français : nous devions enlever une pancarte et son poteau installés au ras d'une "Vopoterie". La pancarte elle-même fut déboulonnée, mise dans le coffre et nous attaquâmes, le chauffeur et moi-même, le poteau. Le chef d'équipage le Cdt CZJ, adjoint au chef-ops Air et futur chef de Mission, occupait le poste de chauffeur tout en assurant la sécurité. Nous agissions bien évidemment de nuit, tous feux éteints, nous aidant parfois et dans des laps de temps très courts, de nos petites lampes à filtre rouge, veillant toujours aux réactions possibles des policiers. Tout se déroulait normalement. Mon équipier se saisit du fameux coupe-boulon, quant à moi je lui chuchotais que j'allais guider le coupe-boulon et que quand il sentirait un point dur, je lui donnerai le top pour activer le coupe-boulon et cisailler la tige... En fait, il sentit un point dur, activa l'outil mais ce fut une partie de mon pouce gauche qui "éclata" et le droit qu’il entailla…

Rapidement les premiers soins me furent donnés par les équipiers, le poteau abandonné avec mes traces de sang, le tout pouvant laisser [à] penser à un accident routier, et le retour en urgence à la maison-mère décidé. Après un court arrêt à la villa de Potsdam pour alerter l'hôpital, nous rentrâmes à Berlin. Deux heures plus tard mes pouces furent désinfectés et recousus. Après quelques jours j'en retrouvais heureusement totalement l'usage et les cicatrices actuelles en sont de bons souvenirs. Grâce à cet incident j'eus le privilège d'avoir l'honneur... de porter rapidement la "cravate Mission" qui me fût offerte en souvenir par mon chef d'équipage et que je porte toujours fièrement notamment lors de nos rassemblements ou de cérémonies militaires.

 

Ma deuxième anecdote est liée à la naissance "spontanée" d'une pancarte suite à un blocage. Toujours avec le Cdt CZJ comme chef d'équipage, lors d'une prospection classique et lors d' un déplacement entre deux objectifs à traiter mais très éloignés l’un de l'autre, aux abords d'un petit village, hors de toute zone ou secteur sensible nous apercevons en bordure d'une petite route menant à une ferme, un déploiement radar de la N.V.A (Armée est-allemande) avec, notamment, la présence du nouveau radar russe de l'époque le "Long-Track" (désignation OTAN de ce radar). Ce radar était également souvent associé au nouveau système Sol-Air soviétique de l'époque le SA4 et venait récemment d'être mis en dotation au sein de la NVA. Là, il nous était offert en déploiement radar temporaire avec les nouvelles versions de deux autres radars modernisés, un Thin-Skin et un Flat-Face. Et chance incroyable, au bord de cette petite route, le Long-Track s'offrait avec ses portes opérateurs ouvertes.

Après avoir discrètement photographié l'ensemble du déploiement depuis un petit bois et après avoir étudié la carte au 1/100.000e  dont nous disposions (nous n'emmenions les cartes au 1/25.000e  que pour des objectifs programmés à traiter) nous décidâmes de "tenter" le coup bien qu'aucun chemin réel de dégagement n'apparaissait sur la carte. Sur le plan opérationnel nous savions qu'une telle opportunité de réaliser des photos très détaillées répondant parfaitement aux besoins des experts de nos états-majors chargés des restitutions techniques risquait de ne plus jamais s'offrir.

Si nous ne pouvions faire demi-tour nous avions choisi de tenter de plonger derrière la ferme dans une forêt située en contrebas. Le "Top" action fût donné. Après 800 m environ de cheminement et sans rencontrer le moindre poste de sécurité et/ou "pancarte", nous voici au ras du Long-Track ses servants occupés auprès de filets de camouflage. Rapidement plusieurs films de détails de ces radars furent réalisés dont quelques photos de l'aménagement des postes "opérateurs" du Long-Track. Mais l'alerte fût tout aussi rapidement donnée et des sentinelles armées accoururent sur la route nous interdisant toute marche arrière. Nous décidâmes alors de plonger vers la ferme et la forêt. Pas de chance... dans la cour de cette ferme le bivouac logistique de la N.V.A y était installé. La ferme dépassée, plongeon vers la forêt au travers d'un long champ très humide et de nouveau pas de chance... nous nous embourbâmes plusieurs centaines de mètres plus loin. Nous doutant de l'arrivée proche des soldats, les films "exposés" et les bandes-sons furent cachés, les boîtiers-photos de nouveau remplis de films vierges et les équipements de treuillage sortis et installés. Mais dès les premiers "coups de treuil " donnés les premiers poursuivants arrivèrent et nous encerclèrent dans une ambiance assez tendue. Sur ordre de notre chef d'équipage, les deux sous-officiers nous rentrâmes en nous verrouillant dans la voiture tandis qu'il restait dehors en face à face tendu avec le lieutenant est-allemand, chef du groupe d'intervention.

Après plus d'une heure de statuquo arriva un officier supérieur de la NVA. Ce dernier nous accusa aussitôt d'avoir espionné son déploiement en zone interdite. Notre Chef refusa toute discussion et réclama la présence rapide de la Kommandatura soviétique.

Des représentants de cette dernière arrivèrent environ... trois heures après à bord d'un UAZ et d'un Gaz 66. Un lieutenant-colonel soviétique se présenta comme étant le second de la Kommandatura régionale. Notre chef d'équipage réfuta bien évidemment toutes les accusations émises, dont celle d'être derrière "Pancarte", ce qui était la stricte vérité au moment de notre passage sur la petite route. L'officier supérieur soviétique nous sembla très agacé par l'agressivité permanente à notre encontre d'un colonel de la NVA l'accompagnant. L'officier supérieur soviétique reconnut après analyse de sa carte des ZIP (Zone Interdite Permanente) que nous n'y étions pas et également qu'aucune ZIT n'était actuellement en vigueur dans cette région. Il nous demanda alors de suivre ses deux véhicules jusqu'à la Kommandatura. Afin de gagner du temps notre chef d'équipage demanda notre "désembourbage" et ce fut les N.V.A, à leur grand désarroi qui, à la demande des soviétiques, nous dégagèrent après que nous eûmes rangé notre matériel de treuillage et, petite consolation pour nous, le lieutenant-colonel soviétique veillant même à ce que l'opération soit menée sans dégât pour notre V.G.L.

En prenant le petit chemin de retour, nous constatâmes le bivouac quasi-vide. Nous aperçûmes aussi les radars avec leurs antennes repliées et bâchées, très éloignés de la route et prêts à un départ. Ceci nous expliqua pourquoi l'intervention des soviétiques fut si longue. Puis le lieutenant-colonel soviétique, comme demandé astucieusement par notre chef d'équipage, fit arrêter notre petit convoi au niveau de la pancarte anti-missions "toute fraiche" qui, quelques dizaines de minutes auparavant, comme par enchantement "venait ainsi d'éclore" sur notre petite route d'arrivée . Le Cdt CZJ l'examina de très près et voyant le ciment encore frais à la base du poteau, le fit constater avec sourire et commentaires aux représentants de la Kommandatura soviétique tout en insistant sur ces voyous d'Est-allemands qui voulaient ainsi porter atteinte à l'ancestrale amitié franco-russe. À la Kommandatura l'incident par lui-même fut assez rapidement réglé. Le colonel soviétique commandant la Kommandatura, d'une façon classique, tenta d'obtenir la signature d'un "Akt" (acte d'accusation) reconnaissant de notre part des actes illégaux. Bien entendu notre chef d'équipage refusa fermement de signer un tel document. Il lui fut répondu que même sans sa signature "l'Akt " serait transmis à l'état-major des forces soviétiques à Wunsdorf et à la S.R.E à Potsdam.

A l'issue de ces joutes verbales furent ensuite portés les traditionnels toasts pour marquer l'ancestrale et historique amitié entre nos deux pays.

Sur la route du retour nous évoquions la chance que nous avions eu de réussir, malgré le blocage, de belles prises de vues techniques et nous envisagions aussi de revenir plus tard dans la zone "récupérer" la pancarte. Ce fut fait par un autre équipage et elle fut offerte lors d'un "pot" très amical au Cdt CZJ qui la méritait bien.

Mes camarades missionnaires auraient eux-aussi, j'en suis certain, de nombreux et passionnants souvenirs à écrire pour notre blog. Allez les amis du courage, prenez vos stylos, vos claviers, et faites-nous partager la vie et les aventures de votre vie de missionnaires.

 

Un clin d'œil très amical et plein de souvenirs à mes camarades de mon premier séjour figurant sur les photos ci-dessous: mes deux "formidables formateurs André et Jojo" et deux autres camarades observateurs-photographes, les adj "Halb..." et Bell...".

 

Ces photos sont extraites des livres du Général Manificat :

 

Poteau démonté.JPG

 

 

Pancarte sur son poteau, descellement du poteau

 

 Destruction pancartes.JPG

Destruction des pancartes

 

Belle séquence de démontage.JPG

 

Une belle séquence de démontage

 

Amicalement à tous et peut-être à bientôt pour d'autres petites aventures toujours vécues avec passion...

 

Jacques Suspène



20/12/2019

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