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Historique de la MMFL

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La Mission Militaire Française de Liaison auprès du haut-commandement soviétique en Allemagne (MMFL) est une unité militaire française peu connue, même durant son existence. Celle-ci couvre pourtant toute la période de l’après guerre, de 1947 à la réunification de l’Allemagne, donc toute la Guerre froide. Seule unité française pouvant opérer en zone d’occupation soviétique devenue ensuite la République démocratique allemande (RDA), elle constituait, avec ses homologues britannique et américaine, une sentinelle avancée de l’Occident, capable de détecter des indices d’alerte en cas de préparatifs d’agression soviétique, mais également de recueillir du renseignement sur les activités des forces qui y étaient stationnées, leur équipement, leurs infrastructures, leur organisation, leur moral et leur capacité opérationnelle.

 

 

 

L’origine des missions militaires alliées remonte à octobre 1944 : avant même la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Alliés avaient convenu ensemble à Londres, en octobre 1944, d’échanger des missions militaires de liaison entre chacun des commandants en chef de leur future zone d’occupation en Allemagne. Il fallut deux ans pour y parvenir en raison de points de vue souvent divergents. Elles étaient à l’origine prévues pour régler toutes les questions relatives à l’occupation de chaque zone, allant de la chasse aux technologies et aux savants allemands jusqu’aux problèmes de sépultures, de rapatriement de prisonniers, de déportés, de réfugiés nationaux… Ces missions firent l’objet d’accords bilatéraux placés sous le signe de la réciprocité. L’URSS,  signa séparément avec chacun des Alliés des accords rédigés en des termes analogues.

 

 

 

L’accord franco-soviétique est plus connu comme « Accord Noiret-Malinine », du nom des généraux qui le signèrent le 3 avril 1947 pour leurs commandants en chef. Le général de division Roger Noiret est l’adjoint du général Koenig qui commande les troupes d’occupation françaises en Allemagne. Le colonel-général Mikhaïl Malinine, héros de l’Union Soviétique, est le chef d'état-major du Groupe des Forces Soviétiques en Allemagne.

 

 

 

Nous ne savons pas grand-chose des circonstances dans lequel cet accord fut signé. On sait simplement que les Soviétiques, après avoir été en faveur de l’accord, se sont montrés plus réticents et que le général Koenig a dû insister pour obtenir sa signature. Nous ne savons même pas où celle-ci a eu lieu, probablement au quartier général russe de Karlshorst, à Berlin-Est.

 

 

 

L’accord Noiret-Malinine fixe les droits et les obligations des deux missions de liaison, française et soviétique, avec une sobriété toute militaire. Il en précise le volume (18 personnes), l’implantation (Potsdam pour la partie française et Baden-Baden pour la partie soviétique), les droits et obligations ainsi que diverses dispositions logistiques. La Mission Militaire Française de Liaison près le haut-commandement soviétique en Allemagne est née, elle va vivre et agir sur le terrain pendant 43 ans. Les Britanniques ont été les premiers à signer, dès septembre 1946, et les Américains l’ont fait deux jours après les Français.

 

 

 

En contrepartie des 18 laissez-passer (Propousk en russe) de la MMFL, des 31 de la mission britannique BRIXMIS, et de 14 seulement pour la mission américaine USMLM, les trois missions soviétiques en Allemagne de l’Ouest en disposent de 63, ce qui représente un avantage relatif qui suffirait à expliquer la longévité de ces accords, jamais remis en cause par les Soviétiques au cours de la Guerre froide.

 

 

 

Au tout début de leur existence, les missions alliées ne recherchent pas spécialement des renseignements militaires et se contentent d’assurer leur mission de liaison. Mais très rapidement, des tensions apparaissent, chacun des alliés ayant des idées différentes sur la façon d’administrer et de dénazifier l’Allemagne occupée. Ces tensions s’accroissent avec le blocus de Berlin de 1948 et la création en 1949 de deux Etats allemands, la République fédérale (RFA) et la République démocratique (RDA). Elles modifient profondément les relations entre les anciens alliés. Derrière le Rideau de fer qui sépare dorénavant les deux Blocs, les missions militaires de liaison sont alors chargées de recueillir tout indice d’alerte en assurant une veille permanente des forces soviétiques. Seul détachement français implanté dans la zone soviétique d’occupation et seule unité autorisée à circuler dans ce qui allait devenir la RDA, la MMFL va se retrouver de 1947 à 1989 au cœur de la Guerre froide aux côtés des missions britannique et américaine.

 

 

 

Les problèmes de sécurité et les difficultés de la vie quotidienne en RDA conduisent, au début des années 50, au transfert des familles des missions à Berlin-Ouest, de l’autre côté du pont de Glienicke. Les villas de Potsdam continuent à être utilisées pour assurer la permanence de la liaison avec l’état-major du GFSA et les fonctions de représentation. La recherche du renseignement devient alors l’activité essentielle des missions alliées transférées à Berlin-Ouest. Pour la MMFL, un bâtiment discret du Quartier Napoléon où les forces françaises sont stationnées convient au soutien administratif et permet la préparation des missions dans la discrétion et en sécurité. Il comprend un laboratoire photographique et, au sein de la zone technique des forces françaises, des garages et un atelier d’entretien pour les véhicules. Au volant de leurs puissantes voitures, les équipages, sous couvert de « liaison » et bénéficiant en théorie d’une quasi-immunité diplomatique, vont continuer à sillonner quotidiennement la RDA en parcourant des milliers de kilomètres et en prenant des milliers de photos des forces armées soviétiques et est-allemandes, malgré tous les obstacles dressés sur leur route.

 

 

 

Ces formations interarmées uniques en leur genre mèneront à leurs risques et périls une guerre sans armes au sein du plus formidable dispositif militaire jamais déployé en Europe, dans laquelle il n’existe qu’une seule règle : ne pas se faire prendre. C’est cette poignée de Français, d’Américains et de  Britanniques qui sera la principale source de renseignement sur les capacités de l’adversaire.

 

 

 

La MMFL a ainsi pu suivre ainsi les mouvements de l’armée rouge lors de l’invasion de la Tchécoslovaquie en 1968, s’assurer au contraire qu’aucune invasion de la Pologne n’était en préparation en 1981. Elle a vu l’apparition de nouveaux matériels, qui équipaient le GFSA en premier après les régions militaires occidentales de l’URSS. Elle a vécu la crise des euromissiles et vécu l’implantation des SS 21. Enfin, elle a suivi de nombreux exercices et manœuvres, jusqu’au retrait des Soviétiques après la réunification allemande.

 

 

 

Le rôle de liaison et de représentation ne disparaît cependant pas car le renseignement n’est possible que si la liaison avec les Soviétiques est « harmonieuse » ; quitte à sauver les apparences. Les Soviétiques tolèrent donc cette activité de renseignement, qu’ils mènent eux-mêmes en Allemagne de l’Ouest, tout en cherchant à l’encadrer et à en réduire l’efficacité par des restrictions, des zones interdites permanentes (ZIP) ou temporaires (ZIT), des pancartes d’interdiction, des blocages, des intimidations… Les Allemands de l’Est, pour leur part, n’ont jamais accepté que les missions, qui constituaient une entorse à leur souveraineté, ne se plient pas à leurs règles en les faisant surveiller, de façon plus ou moins discrète, par la Sécurité d’Etat, la Stasi. Celle-ci disposait de moyens dédiés à cette fin, les « suiveurs » qui pouvaient s’appuyer sur le réseau permanent de surveillance des Vopos, d’agents de la Reichsbahn, les chemins de fer est-allemands, et recourrait à des « collaborateurs inofficiels », simples particuliers parfois.

 

 

Convoi et début de blocage.jpgTentative de percussion par ZIL 131 lors du croisement d'un convoi.

 

 

Cette surveillance devenait parfois agressive, c’est ainsi que la seule victime qu’ait eu à déplorer la MMFL a été l’adjudant-chef Philippe Mariotti, tué en 1984 dans une embuscade tendue par la Stasi avec l’accord tacite des Soviétiques. USMLM, pour sa part, a perdu l’année suivante le commandant Nicholson, tué par une sentinelle soviétique.

 

Ils sont morts pour que la Guerre froide ne devienne pas chaude.

 

Le Colonel Huet L'adjudant chef Mariotti un an avant sa mort l'adjudant chef Pauchet l'auteur.jpg

 L'adjudant chef Mariotti un an avant l'embuscade mortelle de Halle-lettin



31/03/2018
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